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Les mesures pour l'emploi aux yeux des Français
Le chômage n'est pas une fatalité
Malgré le climat de sinistrose actuel, le
chômage n'apparaît pas comme une fatalité
et les Français sont 85% à estimer qu'il
existe des solutions qui n'ont pas été testées
par les gouvernements de ces vingt
dernières années. Précisons d'ailleurs que si
les résultats de cette question peuvent être
interprétés comme un signe d'optimisme (il
existe sans doute des solutions efficaces qu'il
convient de mettre en place rapidement), ils
peuvent aussi être lus comme un désaveu
par rapport aux gouvernements - de droite et
de gauche - qui auraient manqué
d'imagination dans leurs approches
successives du chômage.
Même si cette tendance se vérifie dans
toutes les catégories de la population, les
plus âgés sont les moins optimistes – ou plus
critiques - (79% des 65 ans et plus pensent
que les gouvernements n'ont pas tout
essayé, pour 85% de l'ensemble). Les
catégories supérieures sont un peu plus
optimistes que la moyenne : les cadres,
professions libérales, indépendants et
professions intermédiaires sont 89% à
penser que toutes les solutions n'ont pas été
testées.
Si les sympathisants de droite et de gauche
n'affichent pas de tendances opposées sur
cette question (89% à gauche pensent que
les gouvernements n'ont pas tout tenté, pour
78% à droite), cet écart (11 points) s'explique
peut-être par une sévérité moins grande des
sympathisants de droite à l'égard du
gouvernement en place.
La baisse des charges pour les entreprises
et le contrôle des chômeurs, deux moyens
efficaces pour lutter contre le chômage aux
yeux des Français
Parmi différentes mesures proposées par le
gouvernement Villepin pour lutter contre le
chômage, plus de trois Français sur quatre
(76%) pensent que l'allègement des charges
pour les entreprises serait efficace, suivie de
près par le renforcement des mesures visant
à contrôler les chômeurs (73%). En
revanche, une plus grande facilité de
licenciement pour les entreprises ne
convainc que 23% des personnes
interrogées (contre 73% qui jugent cette
mesure inefficace).
C'est donc l'allégement des charges pour les
entreprises qui est la plus efficace aux yeux
des plus diplômés (79% des personnes de
niveau bac et plus, pour 76% de l'ensemble)
et des plus hauts revenus (80% de ceux qui
appartiennent à un foyer dont le salaire
mensuel est supérieur à 3500 euros).
Même si on observe des écarts entre les
différentes sensibilités politiques (70% des
sympathisants de gauche pensent que c'est
un moyen efficace, pour 87% de ceux de
droite), cette mesure, qui est clairement celle
d'un gouvernement de droite, fait consensus
parmi les différentes familles politiques. Cette
mesure est même jugée efficace par une
solide majorité des sympathisants d'extrême
gauche (68% contre 31% d'un avis
contraire) ! Il s'agit donc bien de la mesure la
moins polémique proposée par le
gouvernement Villepin. A noter que c'est la
mesure la moins coûteuse pour les salariés
et les employeurs, ce qui pourrait expliquer
qu'elle soit acceptée par une large majorité
de Français.
Les mesures de contrôle des chômeurs, plus
polémiques, séduisent aussi une majorité de
Français (73%). Cette fois encore,
l'ensemble des catégories interrogées
considèrent que c'est un moyen efficace pour
lutter contre le chômage, signe d'une
certaine demande coercitive dans ce
domaine. L'adhésion est plus forte chez les
plus âgés (83% des 65 ans et plus) tandis
que les salariés (68%) et particulièrement
ceux du public (66%) sont un peu plus
réticents. Comme pour l'item précédent,
l'adhésion augmente au fur à mesure que
l'on se déplace vers la droite de l'échiquier
politique (68% de la gauche, pour 82% à
droite) ; et cette fois encore, les
sympathisants de l'extrême gauche semblent
majoritairement convaincus de l'efficacité
d'une telle mesure.
Parmi les trois mesures proposées, celle qui
est peut-être la plus libérale des trois, faciliter
les licenciements pour les entreprises, est la
seule qui n'est pas considérée comme un
moyen efficace pour lutter contre le
chômage. C'est même une nette majorité des
Français qui montre son scepticisme (73%
contre 23% qui jugent que c'est un moyen
efficace). Dans un contexte social
particulièrement tendu qui pousse l'opinion
publique à demander plus de protection pour
les salariés, cette proposition est mal perçue.
Sans surprise, elle ne passe pas auprès des
salariés (81% considèrent que ce n'est pas
une mesure efficace), ceux du public étant
encore plus sceptiques (85%). Sur cette
question, le clivage politique joue à plein : les
partisans de l'UMP (42%) sont nettement
plus convaincus par cette mesure que ceux
du Parti Socialiste (13%). On constate
cependant que même à droite, cette mesure
est majoritairement jugée inefficace.
La protection des salariés, meilleure
garantie pour améliorer la situation de
l'emploi
De l'avis des Français, la flexibilité n'est pas
la solution pour lutter contre le chômage :
70% considèrent qu'il faut d'abord protéger
les emplois existants et empêcher les
entreprises de licencier facilement, contre
27% qui pensent qu'il faut d'abord permettre
aux entreprises d'embaucher et de licencier
plus facilement. Du concept de
« Flexsécurité » que le nouveau
gouvernement tente d'importer du Danemark,
c'est donc avant tout la sécurité qui importe
aux Français.
Cette question suscite toutefois de profondes
divergences : les catégories supérieures sont
très divisées (49% préfèrent protéger les
emplois, contre 47% qui préfèrent que les
entreprises puissent licencier et embaucher
plus facilement). C'est peut-être aussi que
ces catégories recouvrent les chefs
d'entreprises, plus enclins à accepter cette
mesure. Quant aux ouvriers, ils sont plus de
quatre sur cinq (82%) à choisir la protection
des emplois existants, signe qu'ils se sentent
directement menacés. Très logiquement, la
proximité partisane influe nettement sur les
réponses à ce sujet : la part de ceux qui
privilégient plus de flexibilité est relativement
élevée du côté de la droite parlementaire
(48%, pour seulement 18% à gauche), et
atteint même une très courte majorité chez
les partisans de l'UMP (52%). Une nouvelle
fois, les sympathisants de droite optent à une
courte majorité pour la protection de l'emploi
devant plus de flexibilité.
Les syndicats, institution la plus crédible
pour trouver des solutions en faveur de
l'emploi
Ce sont les syndicats de salariés qui sont les
plus crédibles aux yeux des Français pour
proposer des solutions en faveur de l'emploi
(56% de citations).
Aucun autre acteur ne recueille une majorité
de personnes le jugeant crédible pour faire
des propositions pour lutter contre le
chômage. A noter également que les
syndicats d'employeurs recueillent le même
score que le Parti Socialiste (37%), devant
l'UMP (30%) et le gouvernement actuel
(28%). Le PS subit ici un réel désaveu en
étant ex aequo avec le MEDEF, alors même
que l'opinion publique semble peu encline à
favoriser les solutions libérales : le principal
parti de l'opposition paye ici les remous postréférendaires
qui agitent sa direction, mais
surtout l'absence de projets.
Si l'UMP (30%) obtient un score très
légèrement supérieur à celui du
gouvernement (28%), le parti de Nicolas
Sarkozy ne bénéficie pas de l'aura de son
président, et reste assimilé au gouvernement
actuel qui souffre d'une confiance très limitée
en la matière. On mesure ici la difficulté de la
tâche de Dominique de Villepin : bien
qu'ayant fait de la lutte contre le chômage la
priorité des priorités de son équipe, son
gouvernement reste, pour les Français,
l'acteur le moins crédible pour proposer des
solutions efficaces pour l'emploi. Ce
scepticisme est sans doute à relier à la cote
de popularité de Jacques Chirac, qui n'a
jamais été aussi basse.
Les salariés ne se rangent pas massivement
derrière les syndicats qui les représentent
(59%, soit seulement 3 points de plus que la
moyenne), qui ont plutôt tendance à séduire
les plus jeunes (72% des 18-24 ans) et les
sympathisants d'extrême gauche (76%).
Quant aux syndicats d'employeurs, ils ont
surtout la confiance des partisans de droite
(48% à l'UMP) et des hauts revenus (43% de
ceux qui appartiennent à un foyer dont le
salaire mensuel est supérieur à 3500 euros)
pour proposer des solutions crédibles en
faveur de l'emploi.
Le Parti Socialiste jouit d'une confiance
particulièrement forte chez ses propres
sympathisants (70% de ceux du PS) mais
n'apparaît pas forcément comme un acteur
incontournable dans le domaine de l'emploi
pour l'ensemble de la gauche (seulement
50%). Comparativement, la situation de
l'UMP est, à droite, un peu plus favorable :
76% de ses sympathisants lui font confiance,
et son influence est plus étendue sur
l'ensemble des sympathisants de droite
(59%). La confiance, bien que très mesurée,
est un peu plus forte auprès de ses soutiens
traditionnels : les retraités (38%, pour 30%
de l'ensemble) et les plus hauts revenus
(39% de ceux qui appartiennent à un foyer
dont le salaire mensuel est supérieur à 3500
euros). En revanche, un salarié sur quatre
seulement semble confiant dans le parti de la
rue La Boétie pour proposer des mesures
efficaces (25%).
Le gouvernement actuel peut également
compter sur quelques soutiens dans la
population. Les personnes âgées (36% des
65 ans et plus, pour 28% de l'ensemble), les
plus diplômés (32% des bac +2 et plus) et les
plus hauts revenus (40% de ceux qui
appartiennent à un foyer dont le salaire
mensuel est supérieur à 3500 euros) sont un
peu plus nombreux que l'ensemble des
interviewés à lui faire confiance pour
proposer des solutions crédibles en faveur de
l'emploi. Il ne suscite toutefois pas une
adhésion massive au sein de son propre
camp puisque les sympathisants de la droite
parlementaire ne sont que 59% à lui faire
confiance sur cette question (71% au sein de
l'UMP).