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Les Français et les Médias

Le 26 Août 2003


Les Français ne sont pas tendres à l'égard de leurs médias, même s'ils reconnaissent que ceux-ci se sont améliorés au fil des années.

Lorsque l'on teste auprès des Français différents traits d'image associés aux médias d'information, le résultat est assez ambivalent voire même globalement négatif.
Sur les 8 jugements positifs et négatifs testés, le bilan comptable est en effet assez peu satisfaisant puisque 5 jugements renvoient majoritairement à une image négative, et seulement 3 à une image positive.

Ainsi, les médias sont jugés:
  • peu originaux : « ils parlent globalement tous des mêmes sujets au même moment » (89%),
  • pas assez travailleurs : « ils traitent l'actualité de façon trop superficielle sans faire suffisamment d'investigation » (64%)
  • assez lâches : « ils évitent d'aborder des sujets qui pourraient gêner des gens influents » (70%)
  • tout en « ne respectant pas la vie privée des gens » (58%)
  • et, pour finir ils sont bien « éloignés des préoccupations des Français » (61%)
En dépit de ces critiques sévères les Français considèrent, contre toute attente, que les médias se sont améliorés :
  • « ils informent aujourd'hui mieux les gens qu'il y a 10 ans » (75%) 
  • « ils font preuve d'une grande liberté d'expression » (67%) (même
    s'ils évitent malgré tout de gêner les gens influents).
     
Enfin, relativisant une critique précédente sur le caractère peu original, voire grégaire des médias dans leur présentation de l'actualité, une petite majorité (56%) vante la richesse et la diversité des points de vue et opinions proposés par leurs médias. Cela signifie sans doute que si les médias traitent (trop souvent) des mêmes sujets, ils ont le mérite de les aborder de manière différente.

Ce bilan ambivalent se retrouve logiquement dans la perception qu'ont les Français de l'indépendance des journalistes :
L'opinion se partage en effet de manière parfaitement équitable entre ceux qui croient en l'indépendance des journalistes (50%) et ceux qui n'y croient pas (49%).
Il n'existe pas de véritable fracture dans l'opinion sur cette question : on retrouve ainsi auprès de toutes les catégories sociales cette même perception mitigée.
Pour autant, il existe tout de même quelques disparités notables de perception entre les différentes catégories sociales, mais ces disparités ne sont sans doute pas celles que l'on aurait pu attendre.

En effet, le profil sociologique des Français ne croyant pas à l'indépendance des journalistes ne renvoie pas à une caricature poujadiste et simpliste :
Les employés et les ouvriers ne sont pas plus critiques (48% jugent les journalistes indépendants) que les cadres et professions intermédiaires (45%) et les personnes les moins diplômées le sont nettement moins que celles qui ont le plus de diplômes (53% contre 47%).

En outre, si la fréquence de lecture joue en faveur de l'indépendance des journalistes, ce n'est que très marginalement : les personnes lisant tous les jours la presse quotidienne doutent ainsi à peine moins de l'indépendance

Enfin, les sympathisants de droite croient davantage (59% contre 47%) en l'indépendance des journalistes que les sympathisants de gauche. Il est toutefois probable que ce soit moins l'indépendance qui soit ici jugée que la tonalité globale du travail des journalistes : les sympathisants de gauche étaient déjà nettement plus nombreux que ceux de droite (73% contre 62%) à estimer que les journalistes évitaient « d'aborder des sujets qui pourraient gêner des gens influents » des journalistes que celles qui ne la lisent jamais (54% contre 50% les jugent indépendants).

La presse quotidienne est le média globalement jugé le plus crédible et le plus plébiscité en terme d'indépendance face aux différents pouvoirs.
Rendre compte d'une perception globale sur les médias ou les journalistes est toutefois difficile tant l'image des différents médias est hétérogène voire contradictoire.
En terme d'indépendance face aux différents pouvoirs notamment, l'image de la presse quotidienne, et dans une moindre mesure de la télévision, se détachent nettement de celle de la radio ou de la presse magazine.
Ainsi, lorsque l'on effectue un bilan détaillé concernant les perceptions de l'indépendance de ces différents médias face à différents pouvoirs (politiques, chefs d'entreprises, investisseurs), la presse quotidienne est presque systématiquement jugée la plus libre et la plus indépendante, que ce soit à l'égard des grandes entreprises et de leurs dirigeants, du gouvernement actuel, ou des dirigeants politiques en général.
Elle devance ainsi nettement la télévision sur chacun de ces trois aspects (respectivement 32% contre 25% ; 35% contre 23% ; et 37% contre 22%).
En revanche, la télévision devance la presse quotidienne en étant jugée plus libre et indépendante à l'égard de l'un de ces pouvoirs : les annonceurs (40% citent la télévision contre 23% la presse quotidienne).
La radio et surtout la presse magazine sont nettement distancées et sont systématiquement perçues comme étant les médias les moins libres et les moins indépendants face à ces différents pouvoirs.
Une question plus globale confirme d'ailleurs cette crédibilité supérieure de la presse quotidienne sur les autres médias, dont la télévision :
S'ils devaient obtenir une information précise, complète et fiable, une très nette majorité relative de Français se tournerait vers la presse quotidienne (41%), plutôt que vers la télévision (22%), la radio (19%), ou la presse magazine (13%).

Cependant, ce résultat global masque de très profondes disparités de perception selon les catégories sociales. Le surcroît de crédit accordé à la presse quotidienne plutôt qu'à la télévision doit beaucoup aux catégories sociales supérieures – les cadres supérieurs, professions libérales et chefs d'entreprises privilégient nettement la presse à la télévision (57% contre 6%) –, aux personnes les plus diplômées – 50% des personnes ayant un diplôme supérieur au bac privilégient la presse et seulement 11% la télévision – , aux plus jeunes – le crédit de la presse progresse
continûment de 36% chez les plus de 50 ans à 48% chez les 15-24 ans – et progresse logiquement avec la fréquence de lecture – ce crédit passe de 7% auprès de ceux ne lisant jamais la presse à 53% auprès de ceux la lisant tous les
jours.

A l'inverse, la télévision est jugée plus crédible par les femmes que par les hommes (28% contre 15%), par les Français ayant les plus bas revenus que par les plus riches (30% contre 11%), et culmine auprès des personnes lisant rarement ou jamais la presse quotidienne (30% et 51%).

Forces et faiblesses des différents médias : confirmation de la prééminence de la presse quotidienne et de la télévision

Lorsque l'on effectue un bilan détaillé des forces et des faiblesses des différents médias, les Français reconnaissent plus ou moins à chacun des qualités propres :
La presse quotidienne est la plus crédible, la presse magazine est le média qui offre des informations les plus utiles pour la vie quotidienne, la radio et la télévision sont les médias qui permettent le mieux de s'informer rapidement.
Pour autant, ce sont une fois de plus, la presse quotidienne et la télévision qui bénéficient le plus souvent de la meilleure image, quels que soient les indicateurs pris en compte.
Ainsi, la presse quotidienne est perçue comme étant le média proposant les informations les plus crédibles (40%), les points de vue les plus diversifiés (33%) et les plus proches des attentes du public (29%).
La télévision pour sa part offre l'avantage de présenter l'actualité de la manière la plus attrayante « l'actualité y est le mieux commentée et analysée » (40%) et la plus synthétique en permettant aux téléspectateurs de s'informer rapidement en
allant directement à l'essentiel (38% ; qualité partagée avec la radio qui recueille 30% des citations).
Toutefois, si cette seconde qualité est reconnue par tous, tel n'est pas le cas de la première, de nombreuses catégories sociales ne reconnaissant pas à la télévision une aussi bonne qualité de commentaire et d'analyse :
Ainsi, les personnes plébiscitant le plus la qualité de l'analyse télévisuelle se comptent essentiellement parmi les catégories populaires (63% des ouvriers plébiscitent la télévision sur ce point), les personnes les moins diplômées (59%) et celles lisant rarement ou jamais la presse quotidienne (56% et 60%).
A l'inverse, les cadres supérieurs et professions libérales (52% privilégient sur ce point la presse contre seulement 16% la télévision), les personnes les plus diplômées (41% contre 23%) et celles lisant très régulièrement (3 à 4 fois par semaine) la presse (43% contre 30%) prêtent bien plutôt cette qualité à la
presse quotidienne qu'à la télévision.


Les événements les plus marquants de l'année et leur traitement médiatique

On peut référencer en trois grandes catégories les événements les plus « médiatiques » de cette année que nous avons testés.
Les événements qui n'ont vraisemblablement pas intéressé les Français (majorité de « pas vraiment intéressés »), ceux qui les ont moyennement intéressés (entre 55% et 64% de personnes « plutôt intéressés ») et ceux qui les ont extrêmement intéressés (entre 77% et 90% de personnes « plutôt intéressés »).
Dans la première catégorie, on retrouve des faits d'actualité tels que les travaux de la Convention sur l'avenir de l'Europe, les événements en Corse (arrestation d'Yvan Colonna et échec du référendum sur le statut de l'île), l'affaire Patrice Allègre ou
le mouvement des intermittents du spectacle.
Le désintérêt pour ces événements est d'autant plus notable que, exception faite du premier cité (travaux sur la Convention), tous sont relativement récents et ont connu
un fort écho médiatique.
Parmi les faits d'actualité ayant moyennement intéressés les Français, on retrouve des événements internationaux tels que la crise Irakienne (opérations militaires, puis
situation depuis le cessez le feu) ou le conflit israélopalestinien, et des événements purement nationaux qu'ils soient « people » (mort de Marie Trintignant) ou sociétaux
(mouvement des enseignants).
Enfin, les faits d'actualité ayant passionné les Français concernent aussi bien des catastrophes naturelles (naufrage du Prestige et canicule de cet été), que des grands débats de politique nationale (manifestations contre la réforme des retraites) ou internationale (différend franco-américain à propos de la guerre en Irak).
Globalement, les médias semblent avoir bien fait leur travail, puisque pour tous ces événements, qu'ils aient ou non intéressé l'opinion, une majorité de Français (entre 50% et 85%) estime que les médias en ont plutôt bien rendu
compte.
En outre, ce sont le plus souvent les événements qui ont le moins intéressé l'opinion – travaux sur la Convention et mouvement des intermittents du spectacle par exemple – que les médias auraient le moins bien traité. A contrario une écrasante majorité de Français (70 et 78%) estime que les médias ont bien rendu compte d'événements
aussi marquants que la canicule de cet été ou le naufrage du Prestige.

Si ce bilan apparaît donc positif, on peut toutefois émettre deux réserves :
  • D'une part, il est assez probable que le traitement médiatique lui même façonne pour une part l'intérêt des Français pour un sujet particulier. Dans ce cas, le fait que les médias n'aient pas très bien rendu compte (c'est l'opinion de 47% des personnes s'intéressant à cet événement) des travaux de la Convention sur l'avenir de l'Europe explique peut être en partie le peud'intérêt qu'ont eu les Français pour cet événement (seulement 28% s'y sont intéressés !) par ailleurs bien difficile à appréhender sans relais médiatique.
  • D'autre part, ce bilan positif au niveau global souffre tout de même quelques défaillances : Les médias n'ont finalement que moyennement bien
    rendu compte (63% contre 36%) d'événements aussi marquants que « le différend franco-américain sur la guerre en Irak » ou « les manifestations contre la réforme des retraites » alors qu'ils intéressaient 77% à 83% des personnes interrogées. Réciproquement, ils ont très, voire trop, bien rendu compte d'événements intéressant moins les Français, tels que la mort de Marie Trintignant (58% d'intérêt et 85% de « bien rendu compte ») ou l'arrestation d'Yvan Colonna (45% d'intérêt et 71% de « bien rendu compte »).
    Si globalement ce sondage consacre un certain succès d'image de la presse quotidienne et un relatif insuccès de la télévision, et surtout de la radio, il appelle tout de même un commentaire relativisant cette « performance ».
    L'audience effective de ces deux médias est tout de même infiniment plus importante que celle de la presse quotidienne, en dépit de tous les avantages perçus à son propos.
     
Bien entendu, on ne peut occulter qu'une part de désirabilité sociale ait pu jouer dans les réponses des interviewés en faveur de la presse quotidienne – perçue comme étant plus « élitiste » - et au détriment de médias - plus « populaires » - comme la radio et la télévision.
Mais au delà de ce facteur psychologique, ce décalage entre l'image des différents médias et leur audience effective s'explique indéniablement par leur facilité d'accès : Non seulement ces médias ne nécessitent pas un coût immédiat (contrairement à la presse quotidienne hors gratuits) pour leurs auditeurs et téléspectateurs, mais en plus ils proposent une présentation de l'information beaucoup plus rapide et synthétique (38% privilégient la télévision et 30% la radio sur cet aspect) satisfaisant l'ensemble des Français : radio et télévision sont en effet systématiquement cités en première position sur ce point par toutes les catégories sociales (les catégories supérieures privilégiant davantage la radio et les catégories plus populaires
la télévision).

Enfin, cette facilité d'accès à l'information se caractérise aussi par une plus grande accessibilité des catégories les plus populaires aux commentaires et aux analyses (cet aspect est plus particulièrement notable en ce qui concerne la télévision).

Gaël Sliman Directeur adjoint de BVA OPINION




Sondage réalisé :
  • . du 21 août 2003 au 23 août 2003
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