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L'Opinion en question : les Français et la réforme de l'Etat
Le point de vue de l'usager prédomine sur celui du citoyen
Quand il s'agit des services publics, le point de vue des Français est davantage celui de l'usager que celui du citoyen. En ce sens, l'objectif d'amélioration de la qualité des services publics (40%) prédomine sur celui de réduction des dépenses (32%) comme justification de leur réforme. Très logiquement, la proximité partisane et le statut d'activité influent nettement sur les réponses à ce sujet. Si la part de ceux qui voient dans la réforme des services publics avant tout « une démarche nécessaire pour rapprocher l'administration des besoins des usagers » est relativement élevée parmi les sympathisants de gauche (42%), l'intérêt budgétaire de la réforme est souvent mis en avant par les sympathisants de droite (39%) et les salariés du secteur privé (36%). Par ailleurs 25% des Français n'y voient qu'une simple opération de communication, opinion particulièrement présente parmi les sympathisants de gauche (28% au lieu de 19% des sympathisants de droite).
Une administration souhaitée plus simple et davantage à l'écoute
Une même propension à répondre davantage comme usager que comme citoyen (et contribuable) se manifeste également lorsqu'il s'agit d'établir les priorités de la réforme de l'administration. Celle-ci recouvre schématiquement deux démarches parallèles : l'adaptation de l'administration aux évolutions économiques et sociales et la simplification des procédures administratives. Cette seconde dimension focalise les attentes des Français. Ainsi, en tête des reformes prioritaires se trouvent des initiatives visant à améliorer les relations avec l'administration, avec en premier la simplification des démarches administratives (60% des réponses), l'amélioration de la qualité de l'accueil et de la disponibilité du personnel (44% des réponses) et la clarification du langage administratif (37% des réponses). D'autres mesures semblent plus marquées politiquement et ne recueillent pas une adhésion massive. Les réformes visant à améliorer ou à contrôler la qualité du travail effectué - la généralisation du salaire au mérite (23%) et la mesure de l'efficacité des services publics (21%) - sont relativement peu citées. L'effet des clivages politiques est particulièrement évident, ces deux axes de réforme recouvrant une importance significative pour les sympathisants de droite (respectivement 31% et 29%), tandis que les sympathisants de gauche les considèrent moins souvent comme prioritaires (respectivement 22% et 16% des réponses). Il convient de noter que les salariés du secteur public (qui ne sont pas tous des fonctionnaires) remettent moins en cause les relations actuelles avec l'administration et ressentent donc moins la nécessité de les changer. Ainsi, parmi eux, l'amélioration de la qualité de l'accueil recueille 36% de l'ensemble des réponses (au lieu de 45% dans le secteur privé) et le fait de rendre l'organisation plus compréhensible 26% (au lieu de 39% dans le secteur privé). Par ailleurs, de manière assez naturelle les salariés du secteur public prêtent plus attention que les salariés du secteur privé au maintien des effectifs de la fonction publique (38% au lieu de 18%).
Le recours à la gestion déléguée divise l'opinion
Le fait que l'Etat et les collectivités locales délèguent certains services publics à des entreprises privées suscite des réserves parmi les Français dans la mesure où certains y voient un risque de faire passer le profit des entreprises avant l'intérêt général. Cependant, sur cette question du transfert de compétence du public vers le privé, le clivage politique est très marqué. Le sentiment de méfiance vis-à-vis de cette évolution est principalement partagé par les salariés du secteur public (66% au lieu de 55% dans le privé) et les sympathisants de gauche (69% au lieu de 34% des sympathisants de droite). A l'inverse cette solution est souvent appréciée, notamment parce que la concurrence entre les entreprises inciterait à une meilleure gestion, par les sympathisants de droite (63%), les personnes à leur compte (55%) et les cadres et membres de professions intermédiaires du privé (53%)
Des domaines de compétences très diversement connus
Concernant un certain nombre de domaines les Français n'ont pas d'hésitation quant à l'institution dont ceux-ci dépendent. Ainsi, pour une large majorité d'entre eux l'Etat est très clairement compétent en matière de gestion des Ministères (93%), des prisons (87%), de La Poste (69%) et des hôpitaux (68%). De la même manière ils attribuent majoritairement la compétence en matière de crèches (71%) et de transports scolaires (69%) aux collectivités locales. L'opinion des Français est plus divisée au sujet de la compétence des préfectures qui présente en effet le caractère particulier de relever de l'Etat tout en définissant une entité territoriale. Ainsi, 77% d'entre eux l'attribuent à l'Etat tandis que 20% estiment qu'elle relève des collectivités territoriales. Les Français ont également l'esprit confus quant à l'instance compétente en matière de transports aériens. Si pour 59% des Français elle revient aux entreprises privées, pour 33% d'entre eux elle est le fait de l'Etat, le souvenir d'Air France en tant qu'entreprise publique semblant être encore très présent. Il est à noter que sur ce point, qui renvoie à un niveau de connaissance plutôt qu'à un jugement de valeur, les réponses sont remarquablement homogènes au sein de l'opinion. Cette absence de clivages ne rend que plus manifeste la prégnance des représentations faisant de l'Etat l'acteur essentiel de la vie sociale, voire économique, du pays, malgré une tendance bien réelle, et parfois même spectaculaire, au transfert de ses compétences vers les collectivités locales et les entreprises privées.