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L'Opinion en question : les Français et l'Europe




La qualité de vie des Européens, une
attente qui nourrit l'euro-scepticisme

De manière très consensuelle, les Français
considèrent avant tout que l'union de
l'Europe doit se faire dans le but de «
maintenir la paix entre les pays européens ».
Aussi légitime que soit cette aspiration, son
urgence pourrait cependant paraître moindre
aujourd'hui que lors de la fondation de la
CECA, ou même que lors du référendum de
Maastricht, peu après la chute du Mur de
Berlin et en pleine crise yougoslave. Plus
étonnant encore, l'effet de l'âge sur les
citations est relativement limité : certes, 45%
des personnes de 65 ans et plus affichent
cette attente comme prioritaire, au lieu de
35% pour la moyenne des Français, mais
c'est aussi le cas de 40% des 18-24 ans.
Le fait de fournir une bonne qualité de vie
aux Européens (31% de citations) et celui
d'assurer la croissance économique de
l'Union européenne et sa compétitivité sur le
marché mondial (21%) sont également des
attentes fortes de la population française
mais plus clivées politiquement. La priorité
donnée à l'une ou l'autre de ces attentes
s'inverse selon les sympathies partisanes
des interviewés. Les sympathisants de
gauche insistent sur la notion de qualité de
vie (36%) tandis que les sympathisants de
droite sont plutôt attirés par l'idée de
croissance économique (28%). Le principal
n'est cependant pas dans ces nuances
finalement classiques. Ce qui se joue ici c'est
bien le sort du prochain référendum : les
attentes des tenants du « non » se focalisent
sur la qualité de vie des Européens (40%),
tandis que les défenseurs du « oui » ne
retiennent cette idée que dans une assez
faible proportion (24%).
Enfin, le fait d'affirmer le poids de l'Union
européenne sur la scène politique
internationale apparaît moins prioritaire aux
yeux des Français (9% de citations), cette
notion d'Europe-puissance motivant surtout
les bac + 2 (18% de citations).

Des Français très confus dans leur
interprétation du traité

Cette étude confirme la grande confusion
régnant dans les esprits sur l'interprétation
donnée d'un traité dont le contenu même est
peu connu. Ainsi, une majorité des Français
(54%) estiment que le traité constitutionnel
permet des avancées sociales et
démocratiques par rapport à la situation
actuelle de l'Europe contre 38% partageant
l'idée inverse.
Ce jugement positif, qui est aussi partagé
majoritairement dans les catégories
populaires (51% contre 41%) se trouve
nuancé par le fait que les Français craignent
également que le traité installe durablement
des politiques libérales incompatibles avec le
modèle social français (46% contre 43%).
Ces deux idées à première vue
contradictoires sont fréquemment exprimées
par les mêmes personnes : 43% de ceux qui
pensent que le traité permet des avancées
pensent également qu'il contient des
dispositions outrageusement libérales.
Notons enfin que la défense du « modèle
social français » n'est pas une référence pour
tous les Français, 40% des personnes ayant
l'intention de voter « oui » s'accordant à
penser qu'effectivement le traité est
incompatible avec ce modèle.
Les Français ne sont pas non plus d'accord
sur les conséquences du traité en termes de
souveraineté nationale. Ils ont toutefois
tendance à considérer qu'il affaiblit les
pouvoirs des décideurs politiques en France
(53% d'entre eux contre 40%) et qu'il s'agit
d'une étape vers une Europe fédérale à la
place de celle des Etats (53% contre 34%).
Là encore, un même constat correspond à
des jugements de valeur différents : il est
partagé à la fois par les tenants du « oui » à
61% et par les tenants du « non » à 54%, ce
qui laisse supposer que les premiers y sont
favorables tandis que les seconds regrettent
ce glissement vers le fédéralisme.
Les Français et l'Europe Mai 2005

Un scrutin jugé cependant décisif pour
l'avenir des Français

Les Français estiment que le prochain scrutin
aura une influence décisive non seulement
sur l'avenir de l'Europe (73%) mais aussi
pour leur propre avenir en tant que citoyens
français (71%). Cette idée est partagée par la
population française, toutes catégories d'âge,
de sexe et de profession confondues.
Dans une moindre mesure, les Français
prêtent également à ce référendum des
conséquences au niveau de la vie politique
nationale. Le premier à en être affecté sera le
gouvernement Raffarin. C'est du moins ce
que pensent 55% des Français et notamment
les plus politisés d'entre eux (59% des
personnes exprimant une proximité partisane
contre 39% pour les autres). Les partisans du
« non » le pensent à peine davantage (60%)
que ceux du « oui » (57%), et ceux de l'UMP
(56%) autant que ceux du Parti socialiste
(57%).

Et perturbateur pour la vie politique
intérieure

Cette formation politique serait d'ailleurs
également affectée par le résultat du
référendum selon une majorité relative des
Français (48 % contre 38%) et selon une
large majorité de ses propres sympathisants
(57%). L'effet perturbateur du résultat du
scrutin est moins évident pour l'UMP (43%
contre 42%) même si, comme dans le cas
précédent, les sympathisants de cette
formation en mesurent davantage les
conséquences internes (51%).
Ces données confirment donc combien le
référendum interne au sein du Parti socialiste
l'a impliqué, aux yeux de l'opinion publique,
dans l'issue d'un référendum convoqué par
d'autres, phénomène qui, très
significativement, épargne davantage l'UMP.
A quelques semaines du scrutin, la
campagne du référendum recherche encore
son enjeu principal, chaque acteur politique
visant avant tout à définir ce sur quoi on
votera le 29 mai - pour ou contre le
gouvernement, pour ou contre le libéralisme,
pour ou contre l'Europe ? -, l'opinion publique
française oscillant encore entre toutes les
interprétations du texte proposé.

Jérôme Sainte-Marie
Directeur de BVA Opinon




Sondage réalisé :
  • . du 07 avril 2005 au 09 avril 2005

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