1. Dans quelle mesure existe-t-il une part de subjectivité dans la prescription médicale ?
Alors qu’on pourrait penser que le médecin est guidé par des choix uniquement rationnels, il existe en réalité une grande part de subjectivité, et ce, pour plusieurs raisons.
Il faut savoir que 50 à 70% des motifs de consultation présentés par les patients ne correspondent pas à un dysfonctionnement ou à une lésion anatomique. Le médecin se trouve donc face à ce que l’on appelle des maladies ou troubles fonctionnels qui posent un double problème au médecin qui ne trouve rien, et au malade, à qui on ne trouve rien..
Dans ce cas, pour éviter que le patient ne se sente pas reconnu comme malade et que le médecin ne sente pas considéré comme soignant, on aboutit à une prescription. Le médicament joue alors le rôle de « l’objet transitionnel », permettant au médecin comme au patient de lutter contre l’angoisse en gardant un minimum de contrôle. Il s’agit du premier aspect subjectif intervenant dans la prescription.
Deuxième aspect subjectif à intervenir dans la prescription : pour une même pathologie, il peut exister des centaines de marques différentes sur le marché, ayant les mêmes effets et un prix équivalent. Le choix effectué par le médecin lors de la prescription n’est donc pas totalement d’ordre rationnel.
2. Comment dès lors appréhender les raisons qui guident le choix du médecin ?
Il y a un côté réflexe dans toute prescription, un réflexe que les médecins ont du mal à expliquer a posteriori.
En conséquence, quand on interroge un médecin sur sa prescription, il a tendance à se réfugier derrière un discours stéréotypé, en total décalage avec la diversité des patients et des situations qu’il rencontre.
De plus, si l’on donne souvent la parole au médecin, il est plus rare qu’on offre au patient la possibilité de s’exprimer sur sa situation. Le plus souvent, on l’appréhende via le discours du médecin, donc au travers d’un prisme qui peut être largement déformant. Toute tentative de compréhension de l’acte de la prescription devient alors aléatoire…
3. Existe-t-il des solutions pour contourner ce biais ?
La meilleure solution, et celle que BVA Healthcare privilégie, est de faire sauter les barrières par un accès direct d’une part au comportement des médecins face aux patients, et d’autre part à la parole des patients.
Nous observons le comportement du médecin au moment clé de la consultation. Avec notre méthode Consult’live , on les reconstitue in vivo pour observer en direct les questions qu’il pose au patient, les examens cliniques qu’il pratique, ou encore les recommandations qu’il formule.
La parole du patient, elle, est observée aux deux moments de vérité :
- lors de la consultation, via cette même méthode Consult’live afin d’identifier sa plainte, la façon dont il l’exprime, ses questionnements…
- dans son quotidien, dans le but d’évaluer l’impact de sa maladie et de son traitement sur sa vie familiale, personnelle et professionnelle.
Nous avons mis au point deux méthodes pour observer le quotidien du patient : la première, Lifebox, lui permet de nous faire partager son expérience au quotidien, via la réalisation d’un scrapbook, qui nous donne accès à son vécu profond, et à l’impact de la maladie et du traitement sur sa vie personnelle et sociale.
La seconde, e-@nalysis, met à profit les conversations qu’on trouve sur le web, et nous permet de mener une analyse typologique du discours des patients.
Tous ces outils de tracking, utilisables dans des domaines pathologiques et thérapeutiques très divers, nous permettent d’appréhender ce qui se joue réellement dans la relation patient/ médecin, mais aussi dans le quotidien des patients, afin de mieux comprendre les leviers de prescription.