Alors que la participation a été présentée comme étonnamment élevée, voilà des mois maintenant que nous annoncions qu’il y aurait plusieurs millions de votants et non pas un million ou moins comme beaucoup le prétendaient. Ces dernières semaines nous pronostiquions un chiffre de 3 millions qui nous a valu maintes critiques voire quolibets.
Le duopole arrivé en tête « Hollande – Aubry » était celui annoncé depuis des mois, avec un score cumulé de 70% qui n’a jamais bougé durant toute la campagne (l’un prenant parfois à l’autre).
L’ordre d’arrivée était aussi annoncé dans les sondages. Certes, l’avance finale pour Hollande fut de 8 à 9 points contre une douzaine de points dans les dernières enquêtes, mais elles montraient bien la perte de vitesse du favori après chaque débat.
Enfin, même le dépassement de Ségolène Royal par Arnaud Montebourg, présenté comme la grande surprise du scrutin, était déjà relevé par les Instituts.
Dès le 20 septembre dans notre observatoire présidentiel BVA-Orange-Presse Régionale-RTL nous révélions les premiers que Montebourg dépassait Royal auprès des sympathisants de gauche – mais pas encore auprès des électeurs certains d’aller voter – avec 11% contre 9%.
Le tout dernier sondage publié, réalisé du 5 au 6 octobre, par nos confrères d’Harris Interactive confirmait cette tendance et montrait clairement que Montebourg était effectivement nettement passé devant Royal (avec 12% contre 6%).
Durant toute cette période, il nous a pourtant été extrêmement difficile de faire notre métier sereinement. Les politiciens de tous bords, et particulièrement ceux qui étaient mécontents de la température ont voulu casser le thermomètre, dénonçant « magouilles », « bidonnages » et sondages sans aucune valeur.
Ségolène Royal comme Arnaud Montebourg garantissaient que les sondages se trompaient car pour eux, il n’y avait aucun doute, ils seraient qualifiés pour le second tour. Eh bien, ils avaient tort : ce sont les sondages qui avaient raison.
Même si cet enseignement-là est évidemment dérisoire par rapport à la grande histoire de cette primaire, la preuve de la qualité du travail des Instituts de sondages qui vient d’être apportée hier devrait, je l’espère, discréditer à l’avenir tous ceux qui voudront nous empêcher de faire notre travail et de dire la vérité.
Si je prends la plume ce n’est évidemment pas pour verser dans un corporatisme sondagier qui serait en soi ridicule. C’est parce que je pense qu’il n’est pas si anodin pour la présidentielle qui s’annonce que les Instituts sérieux puissent dire l’opinion des Français au fil de la campagne sans être constamment critiqués.
Or, depuis des mois, la pression mise par certains « petits candidats des sondages» n’hésitant pas à basculer jusque dans la diffamation, a bien eu un impact.
Certains commentateurs pourtant rompus à ce petit jeu politicien, se sont laissé intoxiquer par ces folles critiques et nous ont accablés.
Sans doute la facilité eut été de nous autocensurer. Nous avons eu le courage de faire notre métier, tout simplement.
Après le choc du 21 avril 2002 et notre échec, pour le coup patent à l’époque, les sondages prouvent à chaque élection – y compris les plus complexes à appréhender – depuis dix ans qu’ils « marchent » et donnent des indications utiles et intéressantes sur l’état de la situation politique, à un moment donné.
Je ne demande évidemment ni bravos ni vivats pour les sondages. Pas même la reconnaissance.
J’aimerais simplement que les journalistes et analystes ne communient pas dans le « sondage-bashing » avec certains politiciens frustrés par leurs niveaux dans nos enquêtes.
On peut rêver…
Gaël SLIMAN
Directeur Général Adjoint de BVA
Directeur de BVA Opinion